Vacances d'hiver en famille
Rédigé pour le site Kaleïdoplume d'après la consigne suivante :
Plaisir d'être à table. Plaisirs de la table. Moment privilégié. Moment de convivialité.
Ce peut être un repas simple, un repas en semaine.
Ce peut être un repas en tête à tête, avec un amant ou un ami.
Ce peut être un repas de fête qui réunit une grande famille.
Racontez moi ce repas là.
Aujourd’hui, le ciel est gris, la balade est exclue, chacun s’affaire à ses activités, là un jeu de cartes, ici un peu de bricolage. La cuisine, enfin propre, se vide tout juste du chaos de midi, la vaisselle encore humide se repose près de l’évier. Soudain une voix s’élève :
- Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
A l’annonce de cette phrase, un mouvement se fait sentir dans toute la pièce. Chacun continue ses activités, mais tout le monde est en alerte. Les ventres sont encore pleins, le fumet des plats de midi flottent encore dans l’unique pièce de la maison. Des coups d’œil discrets se tournent vers la cuisine. Puis les propositions fusent :
- Salade ?
- Pates carbonara ?
- Non on a mangé des bolognaises hier !
- Il y a des tomates à finir.
- Qu’est-ce qu’on a comme boîte dans le placard ?
…
On se met finalement d’accord pour une salade de chèvre chaud, suivie de cassoulet et fromage du pays. Quelqu’un se propose aussi pour faire un gâteau. L’après-midi reprend le cours de son activité, il est encore trop tôt pour faire la cuisine. Le calme reprend, certains en profitent même pour faire une petite sieste.
Vers cinq heures, celle qui a décidé de faire un gâteau se met en action. Deux trois âmes charitables l’accompagnent en cuisine pour lui donner un coup de main. On en profite pour continuer la conversation commencée au coin de la cheminée. Petit à petit la cuisine se remplit et chacun s’affaire : celle là lave la salade, celui-là coupe les tomates, un autre ouvre les boites de cassoulet. Chacun trouve sa place et les choses semblent se faire toutes seules. L’activité ralentit, le four est allumé, tout est sous contrôle.
- Blanc ou rouge ?
On entend sauter un premier bouchon. Les verres se remplissent de vin ou de bières. L’assiette de saucisson passe de main en main. On met la table, tout est prêt.
On retourne au salon s’asseoir autour de la cheminée. Les conversations s’animent. Les verres se vident et se remplissent.
Le four sonne. Ça y est, c’est prêt, il est temps de passer à table. Chacun s’assoie au hasard de la conversation. Le préposé au « chèvre » s’affaire en cuisine pendant que les verres se remplissent à nouveau.
Le saladier fait le tour de la table suivi de près par le bol de sauce. Chacun a droit à sa tartine de chèvre chaud. Les conversations reprennent de plus belles.
Les assiettes vidées, le cassoulet arrive suivi du fromage puis du dessert. A chaque plat de nouvelles personnes se lèvent, d’autres ouvrent une bouteille. Au fur et à mesure, les conversations se calment ou s’animent.
Le repas touche à sa fin, on repousse les assiettes, on entend juste le café couler. C’est le moment tant attendu :
- Dis mamie, raconte-nous une histoire, raconte-nous ton histoire !
Aujourd’hui, ce sera celle de leur rencontre, il y a près de 60 ans. Un regard complice entre eux, puis elle raconte. Il la reprend, ils ne se souviennent pas des mêmes choses. Elle sourit en haussant les épaules, ils racontent chacun leur version. Devant sa tasse de café, chacun écoute en souriant. On les imagine jeunes, mains dans la main. Le même éclat dans les yeux, le même regard amoureux.
L’histoire finie, on entonne un petit chant du coin. Sur cet air doux, on finit de débarrasser la table et chacun va se coucher en rêvant à l’histoire de ses aïeuls.
